12 L’incendie du Laurier Palace
Source : Atelier d’histoire Hochelaga-Maisonneuve1.
Photo (RC) : Édifice construit à l’emplacement du Laurier Palace. La plaque commémorative est à gauche des portes centrales.
« Le drame du Laurier-Palace
À peine revenues de leur congé de Noël, les religieuses des Saints-Nom-de-Jésus-et-de-Marie enseignant à Stadacona apprennent une bien triste nouvelle : l’incendie du cinéma Laurier-Palace, survenu dans l’après-midi du dimanche 9 janvier 1927, a fait de nombreuses victimes, surtout des enfants. Les Sœurs écrivent au sujet du sinistre :
Après Vêpres, Sœur supérieure mandée à la sacristie, apprit de la bouche même de Mgr, quelques détails de l’horrible hécatombe. C’était affreux, disait-il, MM les vicaires qui tous s’étaient joints à lui pour aller absoudre ces pauvres enfants, en avaient le cœur navré. « Jamais, ajoutaient-ils, nous ne pourrons oublier les cris navrants entendus là. » Ces petites victimes en voulant se sauver tombaient les uns sur les autres dans un escalier sans issue et dans des râles d’agonie appelaient leur mère à leur secours. On en entendait prier, quelques-uns réclamant le pardon de leurs fautes. Et la masse de chair humaine grandissait toujours. Le très grand nombre de ces enfants furent écrasés, très peu étaient brûlés gravement2. Ce soir-là, nous nous couchions bien inquiètes, il y en avait certainement des nôtres. La prière était le seul secours à notre disposition ; nous leur donnions de grand cœur3.
Un enfant, Fernand Cormier, est gravement ébouillanté à la suite de l’explosion d’un calorifère, mais survit au drame. Il en est quitte pour un séjour de sept mois à l’hôpital4.

Photo (Atelier d’histoire Hochelaga-Maisonneuve) : Le Laurier Palace après l’incendie.
Des 78 jeunes qui ont péri, 55 sont de la paroisse de la Nativité où est célébré, deux jours plus tard, le service funèbre. L’âge des victimes se situe entre 4 et 18 ans. Quelques enfants fréquentaient les écoles d’Hochelaga ; trois, l’école Stadacona, dont deux jeunes filles âgées de 14 et 15 ans ; six garçons, l’école Saint-Joseph et trois enfants, l’école de la Nativité5. Les Sœurs SNJM en sont bien chagrinées.
Une foule de 50 000 personnes, selon les estimations des journaux de l’époque, assistent aux funérailles. 12 000 d’entre elles s’entassent à l’intérieur de l’église de la Nativité où sont alignés, dans l’allée centrale, 39 cercueils de différentes dimensions et de diverses couleurs6 .
Une commission d’enquête, présidée par le juge Louis Boyer, est mise sur pied afin de déterminer les causes du sinistre, les responsabilités encourues et les moyens à prendre pour éviter la répétition d’un tel drame. Dans son rapport sur les causes de l’incendie, le juge conclut que le feu a été allumé par une cigarette ou une allumette puisqu’il n’y avait aucun fil électrique à proximité du foyer d’incendie ; la cause du désastre peut être attribuée à la panique qui a suivi l’incendie, allumé par un inconnu ; la cause incidente est le tournant dans l’escalier7 . Le juge recommande l’interdiction des cinémas aux jeunes de moins de 16 ans même s’ils sont accompagnés par des adultes et oblige les salles de théâtres et de cinémas à se munir de portes s’ouvrant par pression vers l’extérieur, ces portes ne devant jamais être verrouillées ou obstruées du dehors.
L’enquête du juge Boyer démontra finalement que le drame du Laurier-Palace aurait pu être évité s’il n’y avait pas eu de mouvement de panique et si les portes s’étaient ouvertes vers l’extérieur. »_________________________
1.
Paul Labonne et al. (2006). Histoire des écoles d’Hochelaga-Maisonneuve. L’école Hochelaga (Marie-Reine/Stadacona) , Atelier d’histoire d’Hochelaga-Maisonneuve et CSDM, Pages. 19 et 20.
2. Le médecin-légiste qui a examiné le corps des victimes a en effet constatait que 22 enfants étaient morts de compression thoracique alors que 50 avait péri asphyxiés. Le Devoir, 9 janvier 1927.
3. Archives des Sœurs des Saints Noms de Jésus et de Marie, L-60/A1.2, page 216.
4. « La ville aide toujours les victimes de la tragédie du Laurier Palace. Trois personnes reçoivent encore une indemnité mensuelle de 10 $ ». Dimanche-Matin, 29 mai 1966.
5. Archives des Sœurs des Saints Noms de Jésus et de Marie, Chroniques de l’école, 1927. L60/A,1.2, p. 216.
6. Archives des Sœurs des Saints Noms de Jésus et de Marie, Chroniques de l’école, op. cit. , p. 217.
7. Archives de l’Atelier d’histoire d’Hochelaga-Maisonneuve. Rapport de l’honorable juge Louis Boyer sur les théâtres de la province de Québec à la suite de l’enquête sur les causes du Cinéma Laurier Palace, 25 août 1927.
